Dans la génération au-dessus de la mienne, je vois beaucoup de managers se préoccuper grandement de notre soi-disant « génération Y ». À renforts d’articles et de conférences en leadership, ils essayent de nous comprendre, en nous réduisant souvent à quelques caractéristiques communes.

Je ne crois pas vraiment au concept de générations, mais je n’ai pas pu résister au plaisir de leur renvoyer la balle. Après tout, j’ai appris très tôt qu’il fallait savoir manager son manager. Alors autant nous aussi essayer de comprendre cette génération X, qui semble peiner dans la transition numérique en cours.

Pour ce pastiche assumé, je vous propose de parler de Bisounours. Et oui, ces adorables ours en peluche, qui ont accompagné l’enfance de certains d’entre nous, et qui ont mystérieusement traumatisé nos aînés.

 

Les bisounours : un choc générationnel

À un moment de leur carrière professionnelle, la plupart des jeunes employés ont déjà entendu cette phrase-couperet, prononcée par un supérieur hiérarchique : « on n’est pas dans un monde de bisounours ». Plus récemment, le porte-parole de notre président de la République a encore utilisé l’expression, en expliquant que « l’économie n’est pas un monde de bisounours ».

En s’exprimant ainsi, le X se targue de ne pas être gentil. Trop bon, trop con, disent-ils souvent… Sont-ils donc foncièrement méchants ?

Chez Fly The Nest, nous faisons notamment émerger les valeurs des startups que nous accompagnons. Et jamais nous n’entendons ces phrases ! Au contraire, l’idéal de bonté envers autrui est presque toujours présent. Élevé à Walt Disney, le Y porte haut et fort les valeurs des bisounours, et ne comprend pas comment les X peuvent être aussi amers.

Proposition de valeur par un collaborateur de Touch & Sell

Pourquoi ce rejet de ces oursons tous mignons ? Qu’ont-ils fait à la génération X pour devenir le symbole de l’anti-réalisme, et un modèle à éviter ? Découvrons ensemble ce qui fait, il me semble, un choc des cultures générationnelles.

 

Pour les X, la vie est un combat

Après-guerre, l’imagerie américaine envahit peu à peu notre culture franco-européenne. On y valorise le self-made man, individualiste et combatif. C’est l’âge d’or de la boxe, qui révèle des réussites par le travail, l’acharnement, et la victoire.

Pour les X, être un winner devient impératif. Et comme ils l’ont si bien appris, être un winner, c’est un état d’esprit. La volonté sans états d’âmes sera, seule, récompensée par le succès financier.  Aux gémonies, les faibles, les attendris, les objecteurs de conscience. Le service militaire vient rappeler aux jeunes esprits que dans la vie, il leur faudra se battre…

Toute leur carrière scolaire et professionnelle, on leur répétera qu’il faudra en découdre pour s’en sortir. Comme si la vie n’était que survie, et jamais contemplation, expérience, secours, ou plaisir.

Alors forcément, les X conspuent la gentillesse et la mièvrerie des Bisounours. Devant leurs enfants, ils se gonflent de sérieux et d’autorité, pour bien leur expliquer comme la vie est dure. La gentillesse et la compassion sont des freins, il faut donc les supprimer !

 

Au travail, ni faiblesse, ni émotion, ni rêve !

Dans cette logique virile, les X ne montrent pas de faiblesses au bureau. Celui qui le fait est instantanément mis au ban de la société, et ceux qui voudraient l’aider risquent de finir comme lui… Tel un malade contagieux, on placardise ceux qui ont des difficultés, et l’on terrorise les autres.

L’émotion négative n’a pas sa place dans un monde qui ne valorise que la réussite. Combien, après un burn-out ou une simple crise de larmes, n’osent plus revenir au bureau ? Lourds de la honte imposée par ces modes de pensées, ils se ratatineront devant les petits chefs désobligeants.

Ne parlons pas des rêveurs, ces idéalistes dans la lune, rescapés de Mai 68. Les X n’ont que faire de ces imbéciles improductifs, qui n’ont pas de prise avec la réalité. Ce qui compte, c’est la productivité, le cash, pas des fantasmes d’innovations qui ne marcheront jamais.

 

Dans cet environnement mortifère, pas étonnant que les Bisounours soient mal vus. Sortis tout droit d’un songe d’enfant, plein de gentillesse et d’amour, les « Care Bear » (leur nom original) sont des insultes à la conception du monde des X…

Pourtant, de nos jours, tout le monde sait :
– que les innovateurs sont avant tout des rêveurs
– que les clients veulent vivre des expériences émotionnelles
– que les faiblesses acceptées deviennent des forces
– que les collaborateurs aiment qu’on prennent soin d’eux

Alors, mes très chers Y, quand un X vous renvoie au monde des Bisounours, assumez vos convictions et envoyez-le paître. Peut-être que sans leur idéologie conflictuelle, nous serions déjà installés à Bisouville 😉

 

J’espère que cet article vous aura plu ! Ne le prenez pas trop au sérieux, je l’ai écrit avec humour. Mais je continuerai à me demander ce qu’ont fait ces pauvres Bisounours pour que leur monde soit si souvent conspué…